Collection (imprimable)

 

Champollion et l’Égypte

Jean-François Champollion réussit à mener à bien le déchiffrement des hiéroglyphes après de longues années de travail. Ses travaux sont évoqués à l’aide d’extraits des lettres qu’il écrit régulièrement à son frère et grâce à ses milliers de notes de travail qui nous éclairent sur son cheminement, ses difficultés et ses intuitions géniales. Il organisa également la première expédition scientifique sur les rives du Nil en 1828. Il en rapporte une moisson de milliers de documents réalisés par les architectes, peintres et dessinateurs qui l’accompagnent. Il commente ici cinq des sites les plus prestigieux qu’il a visités et étudiés.

Cette première salle évoque le monde des croyances des Égyptiens : de multiples divinités accueillent le visiteur tandis que les rituels funéraires sont illustrés tout autour de la momie.

- Momie d’homme
Lin et cartonnage. Époque ptolémaïque, 332-30 av. J.-C.
Dépôt du Musée Henri-Martin – Cahors

Au début du long processus de momification, les embaumeurs retiraient du corps du défunt le cerveau et les viscères. Le corps était ensuite plongé dans du sel de natron, puis lavé et enveloppé dans des bandes de gaze fine enduites d’huiles aromatiques. Dans le même temps, on plaçait des amulettes de pierre semi-précieuse ou de faïence sur les paupières et l’abdomen du défunt ou dans les plis des bandelettes. L’ensemble était ensuite enveloppé de bandes plus larges, et le mort recevait un masque funéraire et des plastrons sur lesquels figuraient des déesses protectrices, les ailes déployées, comme Isis et Nephtys, les sœurs qui avaient reconstitué le corps démembré de leur frère Osiris. Elles protégeaient le défunt dans son difficile chemin menant à la renaissance. Cette formule clôturait le rituel d’embaumement : « Tu revis, tu revis pour toujours, te voici de nouveau jeune, à jamais ».

- Statuette de la déesse Ouadjet
Bronze. Basse Époque, 664-332 av. J.-C.

Ouadjet incarne la puissance de destruction du soleil – maladies, tempêtes, sécheresses… – évoquant ainsi les angoisses de la vie quotidienne du monde rural. Les hommes tentaient d’obtenir les faveurs de ces déesses sanguinaires. Par contre, Bastet, la chatte, est l’incarnation douce et bénéfique des déesses félines.

- Livre des morts de Neferiou
Lin et encre. Époque ptolémaïque, 332-30 av. J.-C.

À partir du Nouvel Empire (milieu 2e millénaire), un long texte inscrit sur papyrus, et plus rarement sur les bandelettes de la momie – ce qui est le cas ici – accompagne le défunt dans sa dernière demeure. Ce Livre des Morts, appelé par les Égyptiens « Livre pour sortir le jour », est un recueil d’incantations qui est lu par le prêtre le jour des funérailles pour ressusciter et déifier le défunt, lui assurer la liberté de mouvement et lui procurer ce qui est utile dans le monde inférieur. Cette possibilité de sortir le jour se référait à l’âme, représentée par un oiseau à tête humaine, l’oiseau-ba, qui rejoignait le monde des vivants dans la journée et retournait dans la tombe pour la nuit.

Les colonnes de hiéroglyphes ou de signes hiératiques se succèdent et fournissent au défunt les formules et les connaissances pour saluer le soleil, s’identifier à Osiris, vaincre ses ennemis personnels, tuer le crocodile et le serpent, animaux maléfiques par excellence, prendre passage sur le bateau de Rê, ne pas marcher la tête en bas, etc.

Les dessins, réalisés ici au trait fin, évoquent des scènes du rituel funéraire ; ainsi, le convoi funéraire, le défilé des divinités protectrices ou la représentation de la barque solaire. On voit aussi le défunt en adoration, les bras levés, face à la barque solaire ou consacrant des offrandes et l’ouverture de la chapelle de la tombe afin que l’oiseau-ba du défunt puisse retrouver sa mobilité entre sa tombe et le monde des vivants.

Il ne faut pas s’imaginer que tous les défunts pouvaient s’offrir ces formules magiques dont l’écriture était longue et coûteuse. Probablement fabriqués en série, certains de ces « livres » étaient écrits à la hâte, et le nom du défunt était rajouté au dernier moment. Celui-ci, appartenant à la dame Neferiou, est rédigé avec un soin particulier.

Panneau de sarcophage de Djedkhonsouiouefankh
Bois polychrome. Époque libyenne, 22e dynastie, 945-715 av. J.-C.

Ce fragment est le seul élément connu de son matériel funéraire. Le défunt, prêtre de Thèbes, y apparait à 3 reprises : en adoration devant le héron Benou, symbole de résurrection, et dans une scène de labour puis de moisson. Le texte correspond au chapitre 110 du Livre des Morts.

-  Panthéon égyptien
Jean-François Champollion. 1ère édition, Paris. 1823-1825

L’étude des dieux égyptiens fut le premier travail de recherche entrepris et publié par Champollion dès qu’il eût déchiffré les hiéroglyphes. Il le publia progressivement sous forme de cahiers qui furent reliés pour constituer cet ouvrage. Chaque dieu est merveilleusement illustré et décrit.

- Modèle de barque funéraire
Bois polychrome. Moyen Empire, 2033-1710 av. J.-C.
Dépôt du Musée des Beaux-arts et d’Archéologie de l’Orléanais

Cette barque funéraire, vieille de plus de 4000 ans, est remarquablement bien conservée. Les voiles en lin roulées sur le pont semblent attendre les matelots affairés à la manœuvre au pied du mât. Le défunt est accroupi à l’arrière de la barque, enveloppé dans un grand manteau blanc.Cette barque symbolise le dernier voyage du mort vers la nécropole, située à l’occident de la vallée, de l’autre côté du Nil. Elle rappelle aussi le voyage en barque du soleil et assimile la vie des hommes à la course du soleil dans le ciel, le jour, et dans le monde inférieur pendant la nuit.

L’homme, le monde et l’écriture

Comment l’homme a-t-il tracé les premiers signes ? Quels sont les enjeux de cette formidable invention ? Existe-t-il encore des écritures non déchiffrées ? Des documents provenant du monde entier, des jeux interactifs et le tracé d’écritures énigmatiques permettent de s’interroger sur l’acte d’écrire et sa signification.

- Sceau proto-indien
Stéatite. 2500-2000 av. J.-C., vallée de l’Indus, Pakistan

Le sceau porte des caractères de l’écriture proto-indienne qui fait partie des quelques écritures non encore déchiffrées à ce jour. Cinq signes sont gravés au-dessus d’une figure de taureau à longues cornes. L’inscription note sans doute un nom ou un titre et l’animal qui l’accompagne pourrait indiquer le groupe social, ou le clan, auquel appartenait le propriétaire du sceau. On trouve aussi fréquemment des zébus, des buffles, des rhinocéros, des tigres ou des éléphants.

Le déchiffrement de l’écriture proto-indienne est rendu quasiment impossible par l’absence de textes bilingues et par la brièveté des textes retrouvés sur les célèbres sites de Harappa et de Mohenjo-daro. Au total, 400 signes ont été dénombrés, ce qui laisse supposer qu’il s’agit d’une écriture composée de signes-mots et de signes phonétiques syllabiques. En outre, la langue est inconnue ; elle appartiendrait peut-être à la famille dravidienne des langues encore en usage dans le sud de l’Inde comme le tamoul ou le kannara, mais cela reste une supposition.

Les sceaux de l’Indus sont le témoin d’une brillante civilisation qui s’est développée au milieu du 3e millénaire avant notre ère. Les témoignages archéologiques nous laissent l’image d’une culture urbaine centralisée et prospère qui entretenait des liens étroits avec tout le Moyen-Orient. Le dernier document écrit de la culture de l’Indus date d’environ 1600 avant notre ère. L’écriture de la vallée de l’Indus ne se rattache à aucune autre connue, il y a donc peu de chance qu’elle soit un jour déchiffrée.

Sceau brahmi
Terre cuite. 2e siècle av. J.-C., Inde du Nord

Le sceau date du 2e siècle environ avant notre ère et provient d’Inde du Nord. Il est gravé en écriture brahmî. L’inscription donne le nom du propriétaire du sceau : Marâkamara Dhamayanyasa:
« Celui qui, pour sacrifice, a la pratique du Dharma », dharma désignant la Doctrine du Bouddha. La langue notée est le prâkrit qui est issu du sanskrit, la langue sacrée du Védisme et de l’Hindouisme. Le sceau est d’un type courant en Inde à cette époque, mais le matériau habituel était la pierre dure et précieuse pour les grands personnages. Le fait qu’il soit en terre cuite et l’orthographe maladroite trahissent sans doute la modestie relative du propriétaire.

L’écriture brahmî est attestée en Inde depuis le 3e siècle avant notre ère. Il s’agit d’un alphabet syllabaire, c’est-à-dire d’une écriture où le signe de base note une consonne accompagnée systématiquement de la voyelle a. Le signe doit être modifié pour noter une autre voyelle que le a. Cette écriture est la mère de toutes les écritures de l’Inde et, au-delà, des écritures de l’Asie du sud-est et de l’Himalaya présentées dans la vitrine.

- Moulin à prières tibétain
Bois, métal, papier et encre. Non daté, Tibet

Outre les drapeaux à prières flottant au vent, les moulins sont l’un des plus importants supports de la pratique religieuse tibétaine. Il s’agit d’un cylindre tournant librement autour d’un axe et rempli de mantras écrits sur papier ou sur tissu. Certains, de grande taille, sont disposés autour des temples ; ce petit moulin est pour un usage individuel. On le fait tourner de la main droite dans le sens des aiguilles d’une montre. Sa manipulation a la même valeur spirituelle que la récitation du mantra.

La formule sacrée la plus courante est Om mani padmé houm.

Manuscrit birman kamavaca
Stipes de palmier, laque, encre, pigments, bois, pierre. Non daté, Birmanie

Ce document appelé kamavaca est rédigé lors de l’ordination des prêtres. Il s’agit ici d’un extrait du Canon bouddhique, écrit en langue pali.

Planche à imprimer écrite en tibétain
Bois et encre. 1984, Bhoutan

Cette planche à imprimer, de très belle facture, a été gravée sur du bois de conifère en 1986 par Nyima Sherpa, à la bibliothèque nationale du Bhoutan, un État de l’Himalaya. Les textes sont desmantras bouddhiques – des formules sacrées – supports de méditation qui apportent des bienfaits spirituels ou matériels. Ils sont écrits en lettres tibétaines qui notent 30 consonnes associées spontanément à la voyelle a ; l’écriture tibétaine dérive de l’écriture indienne.

Le motif principal de la planche, inséré dans le bas du texte, représente un rLung rta (loung ta) ou « cheval du vent ». Au Tibet, les prières sont ainsi transportées par le cheval, symbole de rapidité et par le vent. Il est aussi la monture du Bouddha Ratnasambhava dont l’emblème, le joyau, figure sur la selle. Encadrant le texte, les motifs de bon augure traditionnels du monde tibétain augmentent les possibilités de bonne réincarnation : les 8 symboles auspicieux, les 7 trésors du bon roi, et les 4 animaux qui accroissent la vie. Cet objet témoigne de la technique de la xylographie attestée en Chine depuis le 9e siècle, et encore utilisée de nos jours pour imprimer les drapeaux à prières. Offerts au vent des plateaux et des cols, ces drapeaux ont pour but d’accroître les mérites de celui qui les suspend et de répandre ses prières à travers le monde.

 

Naissance des écritures

>> L’écriture cunéiforme
La Mésopotamie voit apparaître la première écriture vers 3300 av. J.-C. les premières tablettes inscrites consignent la vie administrative et les échanges de produits : bons de livraison, contrats de vente et de location de terres, listes de salaires… Mais c’est également dans cette écriture cunéiforme que sont inscrits les plus anciens récits mythologiques et les premiers codes de lois.

- Tablette en écriture pré-cunéiforme
Argile crue. Vers 3200 av. J.-C., Uruk (?), Mésopotamie

Ces signes tracés il y a plus de 5000 ans sont encore des images plus ou moins réalistes d’un objet ou d’une partie d’objet (un épi d’orge, une cuisse de bœuf, une main ouverte…). Ils sont inscrits dans des cases, et notent probablement une liste de noms. Ces premiers dessins d’objets restent difficiles à interpréter.

Clou de fondation de Gudea
Argile. 22e siècle av. J.-C., Mésopotamie

Le célèbre roi Gudea fit inscrire des centaines de clous d’argile lorsqu’il bâtit – ou restaura – le temple du dieu Ningirsu. Ce clou a été fiché dans les murs du temple, gravé du texte suivant : « Pour le dieu Ningirsu, le héros fort du dieu Enlil, Gudea, souverain de Lagash, fait resplendir ce qui convient parfaitement. Son temple E-Ninnu, « Oiseau de l’Orage resplendissant », il a construit pour lui, il a restauré pour lui. ».

L’une des prérogatives des rois du Proche-Orient ancien était la construction et l’entretien des temples, bâtis en briques d’argile crue. Pour affirmer cette fonction, les rois faisaient inscrire des briques, des cônes et des clous d’argile, à l’adresse du dieu ou des successeurs du roi. Nombre de ces courtes inscriptions, intégrées à la maçonnerie, n’étaient pas visibles, sauf lors des restaurations postérieures.

Vase
Pierre. 19e siècle av. J.-C., Mésopotamie

Ce vase, petit mais précieux, a été dédié par le dignitaire Mer-Gir-Bara pour le roi Warad-Sin à Our, ancienne ville du pays de Sumer. Son inscription est finement tracée en caractères cunéiformes.

Sceau-cylindre de Iddin-Šamaš
Hématite. 1900-1700 av. J.-C., 1ère dynastie de Babylone, Babylonie

Les sceaux-cylindres étaient déroulés sur une tablette ou sur un produit, de manière à authentifier l’envoi. Le sceau appartient à « Iddin-Shamash, fils de Ahushunu, serviteur de Shamash et de Nergal d’Api’ak ». Outre l’inscription, trois personnages sont gravés sur la surface : la déesse Ishtar, déesse de l’amour et de la guerre, debout sur un lion et couronnée d’une tiare à cornes ; face à elle, Ninshubur, un messager, portant une masse à la main ; à gauche, se tient la déesse Lama qui lève ses mains en signe de bénédiction. La gravure est d’une très grande qualité.

>> Les hiéroglyphes égyptiens
Des communautés se sont installées le long du Nil afin de cultiver les terres enrichies chaque année par les crues du fleuve. Vers la fin du 4e millénaire avant J.-C., un système politique fort et durable se met en place sous l’autorité d’un roi et un véritable système d’écriture est créé vers 3200 av. J.-C. : les hommes peignent, dessinent et gravent les hiéroglyphes afin d’inscrire les choses pour l’éternité.

Inscription au nom du vizir Nespa[kachouty]
Calcaire. 26e dynastie, 664-525 av. J.-C, règne de Psammétique Ier , Thèbes

Ce fragment provient de la tombe de Nespakachouty, Vizir. Deux statues de ce haut personnage ont été trouvées dans la cachette de Karnak et sont conservées au Musée du Caire. Plusieurs autres fragments de sa tombe appartiennent aux collections du Metropolitan Museum de New York. La qualité de la gravure des hiéroglyphes est caractéristique de la 26e dynastie qui marque un retour vers les productions de l’Ancien et du Moyen Empire.

Édit de Ptolémée III (fragment)
Schiste. Règne de Ptolémée III, 246-221 avant J.-C.

Ce fragment provient d’un décret royal inscrit en trois écritures, comme ce fut le cas du décret rédigé sur la Pierre de Rosette quelques 50 ans plus tard. Il émane de Ptolémée III Evergète I et concerne la déification de la divine adoratrice Oudjarenes. On ne connaît que 4 monuments mentionnant cette déesse, en réalité une simple mortelle portant le titre d’ « épouse du dieu Neferhotep » et déifiée à l’époque ptolémaïque.

Statuette de Thot
Bois et bronze. Époque saïte, 26e dynastie, 664-525 av. J.-C.
Don G. Bertrand

Le dieu Thot, dieu de l’écriture, est souvent représenté sous l’aspect d’un ibis. Les Egyptiens avaient noté que le pas régulier de l’oiseau mesurait la longueur d’une coudée égyptienne. Ils y ont vu une manifestation du dieu Thot, celui qui compte le temps, établit le calendrier et remplit les fonctions de secrétaire avisé des dieux.

>> L’écriture chinoise
Les premières inscriptions chinoises, les jiaguwen, sont des protocoles de divination qui permettent la communication avec le monde des dieux et des ancêtres royaux. Elles datent du14e siècle av. J.-C. L’écriture chinoise, seule écriture fondatrice encore en usage aujourd’hui, a donné naissance à l’art de la calligraphie, considéré en Chine comme supérieur à la peinture.

Rouleaux de Zhai Yunsheng
Encre sur papier teint, monté sur soie. 19e siècle
Écriture « des scribes », lishu

Zhai Yungshen surnommé Wenquan (1776 – 1860), originaire de Donglai dans la province de Shandong, est un calligraphe éminent spécialisé dans l’écriture des « scribes ». Auteur de nombreux ouvrages sur l’histoire de l’écriture et de la calligraphie, il fut le propriétaire d’une importante collection d’estampages d’écritures archaïques et anciennes.

Deux sentences parallèles sont écrites:

L’excès d’humilité peut entraver l’accomplissement

[car] la solitude [de la modestie] n’aboutit souvent à rien

Stèle de Yuan Jie, gravée en 754, calligraphiée par Yan Zhenqing
Estampage à l’encre sur papier
Écriture en style « régulier », kaishu, 132 feuilles

Yan Zhenqing (709-785) est l’un des quatre grands calligraphes de la dynastie Tang (608-907). Son oeuvre est considérée comme un modèle de calligraphie régulière et cette stèle fut particulièrement copiée par les écoliers chinois et par les calligraphes pour acquérir la maîtrise du trait et l’équilibre dans la composition des caractères. La stèle célèbre la mémoire d’un éminent lettré Yuan Jie.

Paysage d’inspiration du calligraphe
Pierre. Socle en bois de huang huali, 18e siècle

Le calligraphe chinois aime s’entourer de beaux objets dans l’exercice de son art.

Bassin à eau et sa cuillère
Pierre évidée et métal. 19e siècle

Pinceaux
Bois et poils divers. 18e et 19e siècles

Le pinceau du calligraphe fait partie des « quatre trésors du cabinet du lettré » : le pinceau, l’encre, la pierre à encre et le papier.

>> Les glyphes mayas
L’écriture maya est l’une des écritures qui a été en usage en Méso-Amérique. Les sociétés mayas ont connu leur âge d’or entre le 3e et le 9e siècle avec l’apparition des grandes cités dont certains vestiges subsistent encore aujourd’hui. À l’arrivée des Espagnols au 16e siècle, l’écriture maya disparaît progressivement et les Mayas en perdent totalement l’usage à partir du 17e siècle. Aujourd’hui, ces mystérieux glyphes livrent peu à peu leurs secrets, l’écriture maya étant en cours de déchiffrement.

Coupe. Assis sur un trône, un scribe peint un codex
Terre cuite. Fac-similé.
Céramique : C. Biquand ; peinture : N. Moulin

- Vases
Terre cuite. Fac-similé
Céramique : C. Biquand ; peinture : N. Moulin

Les vases en terre cuite portent le récit du mythe de création du monde et de l’écriture.

 

L’invention des alphabets en Méditerranée

Les premiers alphabets apparaissent sur les rives de la Méditerranée orientale au cours du 2emillénaire av. J.-C. En moins de 1000 ans, des dizaines d’alphabets différents voient le jour au Moyen-Orient, dont le plus célèbre est certainement le phénicien. L’apparition d’écritures ne comportant que quelques dizaines de caractères est une véritable révolution; quatre écritures encore en usage aujourd’hui en dérivent directement : l’hébraïque et l’arabe, le grec et le latin.

Coupe portant une demande de guérison écrite en araméen
Terre cuite. Environ 1er siècle ap. J.-C.

La surface intérieure de la coupe est couverte de formules incantatoires disposées autour de la démone Lilith, dont la silhouette est surchargée de liens au fond du récipient. Par la force magique de l’écriture, l’inscription implore la guérison d’une femme appelée Gushnazdûk : « Que Gushnazdûk soit arrachée par les cinq eaux de cette amulette au mauvais démon femelle [...] et aux mauvais démons qui l’oppriment… ».

Tessères
Terre cuite. 1er - 3e siècles ap. J.-C., Palmyre

Retrouvées dans les temples, ces tessères servaient de « jetons de présence » aux banquets cultuels. Ils indiquent le nom des personnages qui offrent des rations et précisent la nature de celles-ci ; ils nomment aussi les dieux avec lesquels les personnes présentes partageaient le repas sacré.

Stèle dédicacée au dieu Almaqah
Calcaire. 7e siècle av. J.-C., temple d’Awwân, Marib. Yémen

Le dossier de ce siège commémore en langue sabéenne l’offrande de ‘AMMI’AHAR aux dieux du royaume de Saba et en particulier à Almaqah. Cette belle écriture sud-arabique témoigne d’une parenté lointaine avec les écritures ouest-sémitiques. Elle a donné naissance à l’écriture guèze, en usage en Éthiopie jusqu’à l’avènement de l’Islam dans la région.

Coupe portant des formules magiques aux vertus curatives, inscrite en arabe
Cuivre. 13e siècle, Syrie

La coupe, signée de Mohammed Ibn Yunis, porte diagrammes et figures d’animaux. L’inscription énumère les diverses façons de boire l’eau de la coupe afin d’obtenir la guérison souhaitée :  » La personne mordue [par un chien enragé] devra boire trois fois de cette coupe… Pour apaiser les saignements de nez et les rhumes, l’eau devra être aspirée par les narines… », etc.

Miroir étrusque
Bronze. 3e siècle av. J.-C.

La scène gravée au dos du miroir représente trois héros ou divinités étrusques, leur nom étant précisé au-dessus de leur tête : Agamemnon, vainqueur grec de la guerre de Troie, la déesse Mean, déesse étrusque de la Victoire, enfin Persée, jeune homme, chaussé de bottines ailées. L’association des trois personnages est inédite. Elle peut s’expliquer par le fait que les deux personnages masculins sont des héros et que la déesse personnifie la Victoire.

- Shâh Nâmeh « Le Livre des Rois »
Papier oriental, cuir, encre, pigments. 1572, Iran

Le Shâh Nâmeh est l’un des plus célèbres livres d’histoire relatant l’histoire de la Perse, depuis les temps mythiques jusqu’à l’invasion arabe. Écrit par Abû l-Qâsem Ferdowsi Tûsî au 10e siècle, il fut recopié de très nombreuses fois. Ce bel exemplaire du 16esiècle, orné de 41 miniatures illustrant l’histoire du héros Rostam, a figuré au 17e siècle dans la bibliothèque des grands Moghols d’Inde.

Le livre, mémoire des hommes

Le livre apparaît en Europe au début de notre ère et connaît au cours de ses 20 siècles d’histoire de nombreuses transformations techniques : l’arrivée du papier qui remplace le parchemin, l’apparition de l’imprimerie, la révolution du numérique…

Livre de divination inscrit en écriture batak
Bois. 19e siècle (?), Sumatra

Le manuscrit était destiné à des personnes chargées d’effectuer des rituels, des exorcismes ou de guérir les malades. Les formules permettaient aussi de déterminer les jours propices à des événements importants, telles les fêtes familiales, les cultures, la construction des maisons. Inscrit sur l’écorce d’un arbre (du genre Aquilaria), le texte se développe sur près de 6 mètres de longueur et s’accompagne de signes astrologiques, de symboles, d’animaux symboliques qui renforçaient les pratiques médicales ou divinatoires.

Bible de Paris
Parchemin. Vers 1230

Ce manuscrit provient d’un atelier bien connu et identifié de la rue Neuve Notre-Dame, celui de « Maître Alexandre ». C’est un très bel exemple des Bibles écrites et enluminées à partir du 13esiècle : de plus petit format, avec une écriture plus resserrée, elles sont particulièrement destinées aux théologiens enseignant dans les universités ou aux moines des Ordres mendiants, qui ont besoin de se déplacer avec leurs livres.

Recueil de textes de Pindare
Imprimé à Venise par Alde Manuce. 1513

Alde Manuce est l’un des grands imprimeurs de la fin du 15e siècle, et l’un des plus inventifs. Il imprime les premiers textes antiques dans leur écriture d’origine et les premiers livres en écriture vernaculaire. Il crée le premier « format de poche » et révolutionne la page de titre en y imprimant sa marque (un dauphin enlacé autour d’une ancre) qui devient aussi importante que le titre du livre. C’est le cas de cette édition de Pindare.

Livres de colportage
Imprimés à Liège par Bourguignon. 1788 et 1799

Ces petits almanachs étaient vendus par des marchands itinérants jusque dans les villages les plus isolés. De qualité modeste, ces livres sont peu coûteux, mais on soigne leur présentation et des gravures sur bois agrémentent les pages. C’est le début d’une large diffusion des livres, et donc des nouvelles et des idées qu’ils colportent.

Caumery et Pinchon, Bécassine
Édition Gautier-Languereau. 1913-1920

Les bandes dessinées apparaissent à la fin du 19e siècle. Les textes qui accompagnent les dessins sont encore inscrits sous l’image avant qu’ils ne soient disposés dans des bulles beaucoup plus tard.

Écriture, pouvoir et citoyen

Actes officiels, formulaires administratifs, journaux, doléances, manuscrits intimes montrent que l’écriture peut être à la fois un outil de contrôle dans les mains du pouvoir et un moyen pour chacun de s’informer, s’exprimer, protester, créer…

Écritoire portatif
Bois, cuir, papier, métal. Milieu  du 17e siècle

L’intérieur de cet écritoire est divisé en plusieurs compartiments. Un casier avec serrure permet de ranger les lettres déjà rédigées et un autre casier, tout en longueur, contient les plumes. L’encrier, le sablier et un petit compartiment pour l’éponge sont alignés sur la partie droite de l’écritoire.

Matrice du sceau de la Ville de Figeac
Bronze. 1302

Cette matrice est l’une des plus anciennes matrices de sceaux en France. Monté sur une charnière, le sceau était donc double. Une face représente le pouvoir séculier : les sept consuls de Figeac débattent ensemble sous des arcades. La seconde montre le pouvoir religieux de l’abbaye sur la Ville, symbolisé par la Jérusalem céleste.

Manuscrit d’André Breton
Papier, encre. 1956

- Pétition des bouchers de Figeac
Papier, encre. 1568
Dépôt des Archives départementales du Lot

- Journal pour rire
Papier, encre. 18 mars 1848
Collection particulière

Salon vidéo

Assis confortablement après la fin du parcours du musée, les visiteurs disposent de trois ordinateurs sur lesquels ils choisissent de visionner divers documents se rapportant aux écritures du monde. Un document leur permet aussi d’avoir un regard inédit sur la momie, tandis que les sites internet de la BnF, du Musée du Louvre ou du Musée de Shangaï leur sont accessibles. La loggia qui s’ouvre à l’étage permet d’avoir une vue imprenable sur la ville.